Face au problème écologique (et accessoirement à la montée des prix de l'énergie), l'industrie informatique reste en ordre dispersé. C'est en tous les cas l'impression qui ressort de la table ronde organisée par Intel la veille de l’ouverture de son forum. Intitulé « The Eco-Technology Great Debates », cet événement a réuni une petite vingtaine d’experts de tout bord : fondeurs, constructeurs, utilisateurs, éditeurs, organismes de test, etc.

Pour maîtriser la consommation énergétique, il faut pouvoir la mesurer. Et déjà là, les problèmes commencent. Que faut-il mesurer ? Et comment ? Faut-il mesurer la consommation énergétique d'un système dans son ensemble ou plutôt au niveau de chaque composant ? Chez les intervenants, les idées claires n’ont pas été nombreuses. Le manque de consensus est tellement flagrant que l’organisme Energy Star, qui recueille l’avis des acteurs informatiques pour définir ses normes, a des difficultés pour définir ce qu’est… un serveur. Bref, cela n’avance pas vite.

Il faut dire que sur le terrain, on est encore loin de ce genre de considérations. « 90 % des datacenters n’utilisent pas les fonctions de gestion énergétique embarquées dans les équipements, pour ne pas brider leur puissance de calcul », indique Ray Pfeifer, vice-président de SynapSense, un fournisseur d’équipements de mesure.

C’est au sujet des datacenters que le débat se polarise le plus. Ces installations deviennent petit à petit de véritable ogres énergétiques. Dans ces conditions, faut-il employer des équipements à haute densité de calcul tels que les serveurs lames ou non ? A force de rapprocher les composants, il devient de plus en plus difficile de refroidir ce type de matériel. Inversement, si l’on n'utilise que des équipements à faible densité, il faut plus de volume de stockage, ce qui rallonge les transports de chaleur et diminue l’efficacité énergétique.

Partisan du « low density computing », Christian Belady, responsable énergie au sein de Microsoft, pense que les constructeurs informatiques devraient changer les conditions de fonctionnement de leurs équipements. « Les serveurs d’aujourd’hui sont conçus pour fonctionner autour de 25°C, explique-t-il. Pourquoi ne pas créer des équipements qui peuvent fonctionner à 50°C ? Cela permettrait de baisser le niveau de refroidissement qui représente l’essentiel de la consommation énergétique. »